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SCÈNE IV.

collège assemblé a décidé — que l’art, malgré tous ses efforts, ne pourra jamais racheter la nature — de cette situation désespérée… Non, nous ne devons point ternir notre jugement ni corrompre notre confiance — au point de prostituer notre incurable maladie — à l’empirisme ; nous ne devons point — divorcer avec notre renom de sagesse en acceptant — un remède insensé dans un état que nous jugeons irrémédiable.


HÉLÈNE.

— il me suffira d’avoir fait mon devoir pour être payée de mes peines. — Je ne veux pas vous imposer mes services, — et j’implore humblement de votre royale bonté — cette faveur modeste de me faire reconduire.


LE ROI.

— Je ne puis pas t’accorder moins, si je ne veux passer pour ingrat. — Tu as voulu me secourir ; reçois donc les remercîments — que doit un mourant à ceux qui lui souhaitent de vivre. — Mais je sais à fond ce que tu ignores, — je sais le péril ou je suis et tu ne saurais le conjurer.


HÉLÈNE.

— Quel mal y a-t-il à essayer ce que je puis faire, — puisque vous avez renoncé à toute guérison ? — Celui qui achève les plus grandes œuvres — les accomplit souvent par le plus faible ministre. — Ainsi les saintes Écritures nous montrent la sagesse chez l’enfance, — quand les sages ne sont que des enfants. De grands fleuves ont coulé — de simples sources, et de grandes mers ont été mises à sec, — après que les plus grands avaient nié ces miracles. — Souvent la prévision manque le but, au milieu des plus belles promesses ; et souvent elle l’atteint, au milieu — des plus froides espérances, quand le désespoir est à son comble.