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n’avait pu rapprocher l’union des deux amants sont réconciliés par leur mort ; elles abjurent les rancunes et les animosités qui ont tué leurs enfants. Les bourreaux sont convertis par les martyrs ; la victoire reste aux victimes. Désormais plus de querelles intestines ! Plus de vendettas domestiques ! Les Capulets tendent la main aux Montagues ; Étéocle ouvre les bras à Polynice ; Thyeste se jette aux pieds d’Atrée. Le sacrifice de Roméo et de Juliette est l’holocauste expiatoire qui doit apaiser à jamais les furies du fratricide.

Que cette solution suprême nous rassure et nous console. Espérons, espérons. L’amour, en voie de triomphe, ne s’arrêtera pas. L’amour, c’est la fatalité propice qui emporte l’humanité vers l’harmonie divine. Aujourd’hui l’amour fonde la cité par le rapprochement des familles ; demain il fondra la patrie par la réconciliation des cités. Un jour, inspirées par lui, les villes ennemies feront comme les maisons ennemies : elles renieront leurs rivalités et leurs jalousies séculaires. Alors plus de Guelfes ni de Gibelins ! Ainsi que les Capulets aux Montagues, ceux de Pise tendront la main à ceux de Forence, ceux de Ferrare à ceux de Rimini, ceux de Modène à ceux de Parme. Milan conspirera en faveur de Mantoue. Gênes prendra les armes, non plus pour ruiner, mais pour sauver Venise. Le Nord affranchira le Midi : le fils d’un pêcheur de la côte subalpine s’embarquera dans l’ouragan pour aller délivrer la terre de Masaniello.

Un dernier mot pour évoquer un pieux souvenir.

Dans un faubourg de Vérone, près d’un couvent franciscain situé hors de l’enceinte Scaliger, au milieu d’un champ qui fut jadis un cimetière et qui est aujourd’hui converti en vignoble, on voit, sous un berceau de pampres, un sarcophage de marbre rouge, en partie