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tière au milieu duquel se dresse le mausolée des Capulets. Derrière les ifs et les cyprès dont les ombres s’agitent dans le champ funèbre, apercevez-vous cette lumière qui s’avance vers nous, sinistre comme un feu follet ? C’est la torche qui éclaire la marche de Roméo vers le sépulcre où dort sa bien-aimée. À cette lueur fantastique, le proscrit apparaît, drapé dans un manteau sombre. Son œil fixe, ses traits contractés, son geste saccadé, sa face spectrale annoncent une détermination irrévocable. Que va-t-il se passer ? — Arrivé devant le tombeau, Roméo prend un levier des mains de Balthazar qui l’accompagne, puis, congédiant le fidèle serviteur : « Va-t’en, lui dit-il, éloigne-toi ; si tu oses revenir pour épier ce que je vais faire, par le ciel i je te déchirerai lambeau par lambeau, et je joncherai de tes membres ce cimetière affamé. Ma résolution est farouche comme le moment, elle est plus inexorable que le tigre à jeun ou la mer rugissante. — Je vais me retirer, murmure le page attéré, je ne vous troublerai pas. — C’est ainsi que tu me prouveras ton dévouement… Prends cet or, vis et sois heureux. Adieu, cher enfant ! » Dès que le page a disparu, Roméo s’élance vers la tombe, le levier à la main : « Matrice de mort, s’écrie-t-il, je parviendrai bien à ouvrir tes lèvres pourries et à te fourrer de force une nouvelle proie. » Mais au moment où il va crocheter la porte, une voix menaçante l’interpelle du fond de l’ombre : « Suspends ta besogne, vil Montague ! Misérable condamné, je t’arrête. Obéis et viens avec moi, car il faut que tu meures. » Roméo, déjà tourné vers la tombe, se retourne vers ce vivant qui ose le déranger, et le conjure de ne pas intervenir follement entre lui et la tombe : « Oh ! va-t’en. Par le ciel, je t’aime plus que moi-même, car c’est contre moi-même que je viens ici armé. Ne tarde pas, vis, et dis un jour que la pitié d’un