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gence, qu’il arriva à Mantoue peu de temps après. Et pour ce que la coutume d’Italie est que les Cordeliers doivent prendre un compagnon à leur couvent pour aller faire, leurs affaires par la ville, le Cordelier s’en va à son couvent, mais depuis qu’il y fut entré, il ne lui fut loisible de sortir à ce jour comme il pensait, parce que quelques jours avant, il était mort quelque religieux au couvent (comme on disait) de peste : par quoi les députés de la santé avaient défendu au gardien que les Cordeliers n’eussent à aller par ville, ni communiquer avec aucun des citoyens, tant que Messieurs de la justice leur eussent donné permission : ce qui fut cause d’un grand mal, comme vous verrez ci-après. Ce Cordelier étant en cette perplexité de ne pouvoir sortir, joint aussi qu’il ne savait ce qui était contenu en la lettre, voulut différer pour ce jour.

Cependant que ces choses étaient en cet état, on se prépara à Vérone pour faire les obsèques de Juliette. Or, ont une coutume qui est vulgaire en Italie, de mettre tous les plus apparents d’une liguée en un même tombeau, qui fut cause que Juliette fut mise en la sépulture ordinaire des Capellets, en un cimetière près l’Église des Cordeliers, où même Thibaut était enterré.

Et les obsèques parachevées honorablement, chacun s’en retourna ; auxquelles Pierre[1], serviteur de Rhoméo, avait assisté, car, comme nous avons dit ci-devant, son maître l’avait renvoyé de Mantoue à Vérone faire service à son père, et l’avertir de tout ce qui se bâtirait en son absence à Vérone. Et ayant vu le corps de Juliette enclos dans le tombeau, jugeant comme les autres qu’elle était morte, prit incontinent la poste et fit tant par sa diligence, qu’il arriva à Mantoue où il trouva son maître en sa mai-

  1. Balthazar.