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persuadé que c’est l’ombre de sa fille qui lui parle, est saisi de panique : pour apaiser les mânes de Julie, il jure qu’il aimera son mari comme un fils. Au moment où il vient de prononcer ce vœu solennel, arrivent Théobalde et d’autres seigneurs, entraînant Rosélo, Anselme et Marin qu’ils ont faits prisonniers. Les Castelvins furibonds proposent d’infliger à ces trois mécréants les plus affreux supplices ; mais Antoine s’y oppose ; il déclare vouloir tenir le serment qu’il a fait au spectre de sa fille ; il prend Rosélo sous sa protection et, pour lui prouver sa tendresse toute paternelle, il offre de lui céder sa propre fiancée Dorothée. Le mariage entre Rosélo et la fille de Théobalde est sur le point de s’accomplir, quand apparaît Julie, qui descend du ciel pour réclamer en personne son mari. Surprise générale. Antonio, trop heureux de retrouver son enfant, excuse la ruse dont il a été dupe et ratifie l’union définitive de Julie et de Rosélo ; lui-même épouse Dorothée, et Marin obtient Célie, ornée d’une dot de mille ducats. La paix entre les Montèses et les Castelvins est enfin conclue, au milieu de l’hilarité générale, par une triple noce.

La pièce de Lope de Véga est amusante, leste et spirituelle : on y trouve tous les mérites, comme tous les défauts de la comédie de cape et d’épée ; elle a l’entrain, la variété, la saillie prompte, l’allure facile, le geste rapide ; mais il lui manque les qualités suprêmes, l’observation qui scrute les passions, l’imagination qui crée les caractères, la concentration qui règle l’action. Dans l’œuvre espagnole, il y a le mouvement, il n’y a pas la vie : tous ces personnages s’agitent, mais ne respirent pas ; parlent, mais ne pensent pas ; crient, mais ne sentent pas ; ils passent devant nous comme autant d’automates qu’agite au hasard un caprice irresponsable. Pour-