Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/450

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François, lequel, ayant entendu son fait, le retint en quelque lieu secret du couvent, jusqu’à ce que la fortune en eût autrement ordonné.

Le bruit divulgué par la cité de l’accident survenu au seigneur Thibaut, les Capellets accoutrés de deuil firent porter le corps mort devant le seigneur de Vérone, tant pour l’émouvoir à pitié que pour lui demander justice, devant lequel se trouvèrent ainsi les Montesches, remontrant l’innocence de Rhoméo et l’agression de l’autre. Le conseil assemblé, et les témoins ouïs d’une part et d’autre, il leur fut fait un étroit commandement par ledit seigneur de poser les armes. Et quant au délit de Rhoméo, parce qu’il avait tué l’autre se défendant, il serait banni à perpétuité de Vérone. Et ce commun infortune publié par la cité, tout était plein de plaintes et de murmures. Les uns lamentaient la mort du seigneur Thibaut, tant pour la dextérité qu’il avait aux armes que pour l’expérience qu’on avait un jour de lui, et des grands biens qui lui étaient préparés, s’il n’eût été prévenu par tant cruelle mort : les autres se doulaient (et spécialement les dames) de la ruine du jeune Rhoméo, lequel outre une beauté et bonne grâce, de laquelle il était enrichi, encore avait-il je ne sais quel charme naturel, par les vertus duquel il attirait si bien les cœurs d’un chacun que tout le monde lamentait son désastre ; mais sur tout l’infortunée Juliette, laquelle avertie tant de la mort de son cousin Thibaut que du bannissement de son mari, faisait retentir l’air par une infinité de cruelles plaintes et misérables lamentations, puis se sentant par trop outragée de son extrême passion, entra en sa chambre, et vaincue de douleur, se jeta sur son lit où elle commença à renforcer son deuil par une si étrange façon qu’elle eût ému les plus constants à pitié, puis comme transportée, regardant çà et là, et avisant de