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philosophe : toutes les propriétés des plantes lui sont connues, la nature n’a point de secrets pour lui. De plus, il aime Julie comme il aime Rosélo. Depuis qu’il les a mariés, il les appelle ses enfants. » Rassurée par ces réflexions, Julie boit la liqueur, les yeux fermés ; mais aussitôt elle se plaint de souffrances intolérables ; un feu ardent la dévore ; elle ne voit plus qu’à travers un nuage. Plus de doute. Le prêtre s’est trompé et, au lieu d’un cordial, lui a envoyé du poison : « Arrête, Célie, ne trouble pas mes derniers moments… Je meurs contente… Quand tu verras Rosélo, dis-lui que je n’ai pas déshonoré mon titre d’épouse, dis-lui que j’emporte mon amour dans la tombe, dis-lui qu’il se souvienne de moi, mais qu’il se console… qu’il vive heureux… Adieu, Rosélo ! Rosélo ! »

À peine Célie a-t-elle emmené sa maîtresse défaillante, qu’une décoration nouvelle nous montre une rue de Ferrare. Rosélo, transformé en petit-maître, est installé sous le balcon de dona Sylvia, jeune coquette célèbre dans la ville, et fait à cette merveilleuse une déclaration qui semble fort bien accueillie. Ces pourparlers galants sont interrompus par Anselme, qui vient d’assister aux funérailles de Julie, et qui apprend à Rosélo tous les événements dont s’entretient à Vérone la douleur publique : la fille d’Antoine s’est empoisonnée ; et elle a été trouvée morte dans son lit et enterrée le matin. Rosélo, indigné contre lui-même d’avoir méconnu un dévouement si héroïque, veut s’en punir par un coup de couteau. Mais Anselme lui retient le bras et révèle enfin à son ami le secret que le prêtre Aurélio lui a confié : ce n’est pas un poison que Julie a bu, c’est un narcotique ; tous la croient morte, mais elle n’est qu’endormie. La nuit, prochaine, elle s’éveillera, et Rosélo n’a qu’à partir bien vite pour retirer sa femme du monument funèbre.