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À quoi ils s’accordèrent aisément : et lors étant entre les draps en leur privé, après s’être chéris et festoyés de toutes les plus délicates caresses dont amour les pût aviser, Rhoméo, rompant les saints liens de virginité, prit possession de la place, laquelle n’avait encore été assiégée, avec tel heur et contentement que peuvent juger ceux qui ont expérimenté semblables délices. Leur mariage ainsi consommé, Rhoméo, se sentant pressé par l’importunité du jour, prit congé d’elle, avec protestation qu’il ne faudrait de deux jours l’un à se retrouver en ce lieu, et avec le même moyen et à heure semblable, jusqu’à ce que la fortune leur eût apprêté sûre occasion de manifester sans crainte leur mariage à tout le monde. Et continuèrent ainsi quelques mois ou deux leurs aises, avec un contentement incroyable, jusques à tant que la fortune, envieuse de leur prospérité, tourna sa roue pour les faire trébucher en un tel abîme, qu’ils lui payèrent l’usure de leurs plaisirs passés par une très-cruelle et très-pitoyable mort, comme vous entendrez ci-après par le discours qui s’ensuit.

Or, comme nous avons déduit ci-devant, les Capellets et les Montesches n’avaient pu être si bien réconciliés par le seigneur de Vérone, qu’il ne leur restât encore quelques étincelles de leurs anciennes inimitiés, et n’attendaient d’une part et d’autre que quelque légère occasion pour s’attaquer : ce qu’ils firent. Les fêtes de Pâques (comme les hommes sanguinaires sont volontiers coutumiers, après les bonnes fêtes commencent les méchantes œuvres) auprès la porte de Boursari, devers le château vieux de Vérone, une troupe des Capellets rencontrèrent quelques-uns des Montesches, et sans autres paroles, commencèrent à chamailler sur eux,

    noces. Boisteau esquisse ici grossièrement la figure comique que Shakespeare doit peindre plus tard.