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appelé aux plus étroites affaires des seigneurs de la ville. Et entre autres il était grandement favorisé du seigneur de l’Escale, seigneur de Vérone, et de toute la famille des Montesches et des Capellets et de plusieurs autres.

Le jeune Rhoméo (comme avons jà dit) dès son jeune âge avait toujours eu je ne sais quelle particulière amitié avec frère Laurens, et lui communiquait ses secrets. Au moyen de quoi, partant d’avec Juliette, s’en va tout droit à saint François, où il raconta par ordre tout le succès de ses amours au bon père, et la conclusion du mariage prise entre lui et Juliette, ajoutant pour la fin qu’il élirait plutôt une honteuse mort que lui faillir de promesse : auquel le bon père, après lui avoir fait plusieurs remontrances et proposé tous les inconvénients de ce mariage clandestin, l’exhorta d’y penser plus à loisir ; toutefois il ne lui fut possible de le réduire ; par quoi vaincu de sa pertinacité et aussi projetant en lui-même que ce mariage serait (peut-être) moyen de réconcilier ces deux liguées, lui accorda enfin sa requête, avec la charge qu’il aurait un jour de délai pour excogiter le moyen de pourvoir à leur fait.

Mais si Rhoméo était soigneux de son côté de donner ordre à ses affaires, Juliette semblablement faisait bien son devoir du sien : car, voyant qu’elle n’avait personne autour d’elle, à qui elle pût faire ouverture de ses passions, s’avisa de communiquer le tout à sa nourrice qui couchait en sa chambre et lui servait de femme d’honneur, à laquelle elle commit entièrement tout le secret des amours de Rhoméo et d’elle. Et quelque résistance que la vieille fît au commencement de s’y accorder, elle la sut enfin si bien persuader et la gagner, qu’elle lui promit de lui obéir ce qu’elle pourrait, et dès lors la dépêcha pour aller en diligence parler à Rhoméo et savoir de lui par quel moyen ils pourraient s’épouser, et qu’il