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faite Castelvine, mais l’amour me rend Montèse. » Tout en devisant avec une tendre effusion, les deux époux disparaissent sous la charmille, laissant la place au gracioso et à la soubrette, qui égayent la scène de leurs épanchements comiques. — Marin raconte que, pendant la dernière bagarre, il s’est réfugié au haut d’une tour, ne se sentant nulle envie de mourir, et trouvant d’ailleurs que Célie méritait bien qu’on vécût pour elle. Célie approuve fort la couardise, si flatteuse pour elle, de son bon ami. À l’en croire, les galants doivent être un peu polirons pour rendre de longs services à leurs maîtresses. Un rodomont croit pouvoir entrer partout l’épée à la main ; il s’attire des affaires, réveille le voisinage et nous met dans des transes continuelles. Parlez-nous d’un poltron ! « Sa timidité nous assure de sa prudence ; et nous goûtons avec lui des plaisirs tranquilles, sans craindre pour notre réputation. » Marin enchanté jure par les yeux mutins de Célie qu’on ne trouvera pas dans Vérone un lâche plus consciencieux que lui. À peine ce Figaro sans vergogne a-t-il eu le temps d’embrasser sa Suzanne que les deux époux reparaissent. — Rosélo, qui doit se réfugier à Ferrare, promet de revenir voir sa femme de temps à autre. Julie est déjà inquiète des suites de cette absence forcée ; et, pour la rassurer, il faut que Rosélo se confonde en protestations de fidélité. À son tour, Marin exige des garanties de Célie, qui fait vœu d’être aussi constante… qu’un papillon. À ce moment pathétique, des torches luisent à travers la feuillée. Voici Antoine qui s’avance avec des valets armés jusqu’aux dents pour reconnaître d’où provient ce bruit inusité qu’il entend dans le jardin. Rosélo et Marin ont juste le temps de s’esquiver. Antoine trouve sa fille toute éplorée et veut savoir la cause de cette pluie de larmes. Julie l’attribue à la mort de son cousin Octave. Le vieillard la loue de