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ROMÉO.

— Elle parle, elle vit ! Nous allons être heureux encore ! — Ma bonne étoile propice me dédommage maintenant — de tous mes chagrins passés. Lève-toi, lève-toi, ma Juliette ; — et de cet autre de la mort, de cette maison d’horreur — laisse-moi t’emporter dans les bras de ton Roméo ; — laisse-moi souffler sur tes lèvres un esprit vital — et te rappeler, mon âme, à l’existence et à l’amour.

Il la redresse.

JULIETTE.

— Mon Dieu ! qu’il fait froid ?… Qui est là ?


ROMÉO.

Ton mari, — Juliette ! Ton Roméo revenu du désespoir — à d’inexprimables joies !… Quitte, quitte ce lieu, — et fuyons ensemble.

Il la tire du tombeau.

JULIETTE.

— Pourquoi me faites-vous violence ?… Je ne consentirai jamais. — Mes forces peuvent me trahir, mais ma volonté est immuable. — Je ne veux pas épouser Pâris : Roméo est mon mari !


ROMÉO.

— Roméo est ton mari ! je suis ce Roméo ; et toutes les puissances de la terre ou de l’homme — ne parviendraient pas à briser nos liens ni à t’arracher de mon cœur !


JULIETTE.

— Je reconnais cette voix ; sa magique suavité éveille — mon âme ravie : à présent je me rappelle bien — toutes les circonstances. — Oh ! mon seigneur ! mon mari ! — Est-ce que tu m’évites, Roméo ? — Vous m’effrayez ! Parlez ! Oh ! que j’entende une voix — autre que la mienne dans ce sinistre caveau de la mort, — ou je vais défaillir… Soutiens-moi.


ROMÉO.

Oh ! je ne puis ; — je n’ai plus de force ; j’ai besoin moi-même de ton faible appui. — Cruel poison !


JULIETTE.

— Du poison ? que veut dire monseigneur ? — Cette voix tremblante ! ces lèvres livides ! ces yeux hagards !… La mort est sur ton visage !


ROMÉO.

— Oui, je lutte avec elle en ce moment. — Les transports que j’ai éprouvés — à t’entendre parler, à voir tes yeux s’ouvrir, — ont arrêté pour un moment sa marche impétueuse, — et toute ma pensée était au bonheur et à toi ; — mais maintenant le poison court dans mes veines… — Je n’ai pas le temps de t’expliquer… — Le destin m’a amené ici pour dire un dernier, — un dernier adieu à ma bien-aimée et mourir avec toi.


JULIETTE.

— Mourir ? Le moine m’a donc trompée ?


ROMÉO.

Je ne sais pas cela. — Je t’ai crue morte ; égaré à cette vue, — ô promp-