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réparer l’offense en allant lui-même replacer le tabouret, et propose en outre de prévenir toute discorde nouvelle par une double alliance entre les deux familles : Octave se marierait à dona Andréa, dame Montèse, et lui, Rosélo, épouserait Julie. — Cette proposition exaspère le jeune Castelvin, qui n’a nullement renoncé à ses prétentions sur la fille d’Antoine. Il s’élance sur son rival, l’épée nue. « Seigneurs, s’écrie Rosélo en s’adressant aux gentilshommes qui l’entourent, soyez témoins que je suis réduit à me défendre lorsque je ne cherchais que la paix. » Le duel s’engage. Après la deuxième botte, Octave tombe mort, et Rosélo n’a que le temps de fuir pour se soustraire aux peines terribles dont la loi menace les meurtriers. Au bruit de la querelle, le duc de Vérone, Maximilien, est accouru. Sa Grâce interroge les assistants pour connaître les coupables et les châtier. Toutes les dépositions sont à la décharge de Rosélo ; Julie elle-même sort de l’église pour le justifier. Mais le duc craindrait d’irriter les Castelvins si Rosélo restait impuni : il l’exile.

Changement de décor. Nous reconnaissons le jardin d’Antoine éclairé vaguement par la lune. Avant de quitter Vérone, Rosélo a voulu revoir Julie et s’est rendu auprès d’elle, accompagné de Marin, qui, de son côté, désire faire ses adieux à Célie. — Julie est toute en larmes. Rosélo lui demande si c’est la mort d’Octave qui la désole[1] : si cela est, il lui offre son poignard pour en frapper le meurtrier. « Cruel, répond la jeune femme, ne sais-tu pas que ton absence est la seule cause de mes pleurs ? Je n’ai plus d’autres parents que toi. Tu es mon bien, mon espoir, ma gloire et ma vie. La nature m’a

  1. Un doute semblable traverse l’esprit de Roméo : « Est-ce qu’elle ne me regarde pas comme un infâme meurtrier, maintenant que j’ai souillé l’enfance de notre bonheur d’un sang si proche du sien ? »