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Entre la nourrice se tordant les mains et portant l’échelle de corde dans son tablier.

JULIETTE, continuant.

— Eh bien, nourrice ? Oh mon Dieu ! pourquoi as-tu l’air si triste ? — Qu’as-tu là ? l’échelle de corde ?


LA NOURRICE.

— Oui, oui, l’échelle de corde. Hélas nous sommes perdues ! — nous sommes perdues, madame ! nous sommes perdues !


JULIETTE.

— Quel démon es-tu, pour me torturer ainsi ?


LA NOURRICE.

— Hélas ! quel jour ! il est mort, il est mort, il est mort !


JULIETTE.

— C’est un supplice à faire rugir les damnés d’un horrible enfer — Les cieux ont-ils pu être aussi cruels ?


LA NOURRICE.

Roméo l’a pu, si les cieux ne l’ont pu. — J’ai vu la blessure, je l’ai vue de mes yeux, Dieu garde son âme ! sur sa mâle poitrine ! — un cadavre ensanglanté, un triste cadavre ensanglanté, — pâle comme la cendre ! À le voir, je me suis évanouie ! etc., etc.

(101) Les quatre vers commençant par ces mots : Corbeaux aux plumes de colombe ! manquent à l’édition de 1597.

(102) Les cinq vers qui précèdent et la phrase finale de cette réplique : Roméo te suit, ont été ajoutés à la seconde édition.

(103) L’édition de 1597 a ici une légère variante ; elle dit :

Reste encore un moment, tu ne t’en iras pas si vite.


ROMÉO.

— Oui, je resterai ici : qu’on me prenne et qu’on me tue !

(104) Les commentateurs ont expliqué ces paroles un peu obscures dites par Juliette : « Le crapaud a de très-beaux yeux, remarque Warburton, et l’alouette de très-laids ; de là ce dicton populaire, auquel Juliette fait allusion : « Le crapaud et l’alouette ont changé d’yeux. » — « Si le crapaud et l’alouette avaient changé de voix, ajoute Heath, le cri de l’alouette n’aurait plus indiqué l’apparition du jour, et conséquemment n’aurait pas donné à Roméo le signal du départ. »

(105) Cette belle invocation à la Fortune et les deux répliques