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formés pour étouffer l’inimitié de nos pères et pour rétablir la paix dans notre patrie. »

À ce moment pathétique, on entend une rumeur au fond du jardin. Julie reconnaît la voix de son père : « Éloigne-toi, dit-elle tremblante, il te sacrifierait à sa haine.

— Non, je ne te quitterai point : dois-je vivre ou mourir ? Parle. À quoi te résous-tu ?

Julie se décide enfin ; elle aime mieux épouser Rosélo que de le laisser tuer ; elle accorde son consentement et le jeune homme se retire.

Ici finit la première journée. Quand la deuxième commence, le soleil de midi luit sur la place publique de Vérone et éclaire de ses plus ardents rayons le portail de la cathédrale. Rosélo fait part à Anselme de son union avec la fille d’Antoine : le mariage vient d’être conclu secrètement par le ministère du prêtre Aurélio. Au moment où les deux amis s’entretiennent, un cliquetis d’épées accompagné de vociférations retentit à l’entrée de l’église : bientôt débouchent sur la place des bandes furieuses, armées de rapières et de pertuisanes. Ce sont les Castelvins et les Montèses qui se sont provoqués et qui vont se battre. Rosélo intervient entre les deux factions : « Seigneurs, arrêtez-vous ! Je suis Montèse, mais je ne souhaite pas le malheur des Castelvins[1]. Souffrez qu’enfin la raison vous éclaire, et daignez m’apprendre quel sujet vous a mis les armes à la main. » Octave explique à Rosélo que les valets d’une dame Montèse ont eu l’audace de déranger un tabouret placé sous les pieds de sa sœur Dorothée. Rosélo ne peut voir là un molif suffisant pour que tant de personnes s’entr’égorgent. Il s’offre à

  1. De même Roméo à Tybalt : « Le nom de Capulet m’est aussi cher que le mien ; tiens-toi pour satisfait. »