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(25) « Parquoi Antonius voyant qu’il ne restait point de plus honnête moyen de mourir qu’en combattant vaillamment, se délibéra de faire tout son dernier effort tant par mer comme par terre : et en soupant, comme on dit, commanda à ses serviteurs et officiers domestiques qui le servaient à table, qu’ils lui versassent largement à boire et le traitassent à la meilleure chère qu’ils pourraient : Car, dit-il, vous ne savez si vous m’en ferez demain autant, ou si vous servirez autres maîtres, et peut-être ne sera-ce plus rien que de moi, sinon un corps mort étendu : toutefois, voyant que ses gens et ses familiers fondaient en larmes en lui oyant dire ces paroles, pour rhabiller ce qu’il avait dit, il y ajouta qu’il ne les mènerait point en bataille, dont il ne pensât plutôt retourner sûrement avec la victoire qu’y mourir vaillamment avec gloire. »

(26) « Au demeurant cette nuit même environ la minuit presque, comme toute la ville était en silence, frayeur et tristesse, pour l’attente de l’issue de cette guerre, on dit que soudainement on ouït l’harmonie et les sons accordés de toutes sortes d’instruments de musique, avec la clameur d’une grande multitude, comme si c’eussent été des gens qui eussent dansé et qui fussent allés chantant, ainsi qu’on fait ès fêtes de Bacchus, avec mouvement et saltations satyriques ; et semblait que cette danse passât tout à travers de la ville par la porte qui répondait au camp des ennemis, et par cette porte dont on oyait le bruit, toute la troupe sortit hors de la ville. Si fut avis à ceux qui, avec quelque raison, cherchèrent l’interprétation de ce prodige que c’était le dieu auquel Antonius avait, singulière dévotion de le contrefaire et affection de lui ressembler, qui le laissait. »

(27) « Le lendemain à la point du jour, il alla parquer le peu de

    mot il se rapportait à César, et en conséquence il a prêté cette réponse à Octave :

    I have manyLet the old ruffian Know,
    I have many other ways to die.

    Que le vieux Ruffian sache — que j’ai bien d’autres moyens de mourir.

    Il suffit de consulter le texte grec pour reconnaître la méprise. Octave ne réplique pas que c’est lui-même, mais son adversaire qui a bien d’autres moyens de mourir. La phrase de Plutarque, littéralement traduite, dissipe toute équivoque ; la voici : « Après cela, Antoine envoya défier César à combattre corps à corps et reçut pour réponse qu’il pourrait trouver d’autres moyens de terminer sa vie. »