Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/390

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(15) « Pour quelques rapports qu’on lui fit, Antonius se courrouça derechef à l’encontre de Cæsar et s’embarqua pour aller vers l’Italie avec trois cents navires : et pour ce que ceux de Brundusium ne voulurent pas recevoir son armée en leur port, il tira à Tarente là où Octavia sa femme, qui était venue avec lui de la Grèce, le supplia que son plaisir fût de l’envoyer vers, son frère, ce qu’il fit. Elle était pour lors enceinte, et si avait déjà une seconde fille de lui, et néanmoins se mit en voie et rencontra Cæsar en chemin, qui menait avec lui Mæcenas et Agrippa, ses deux principaux amis, lesquels elle tira à part, et leur fit les plus affectueuses prières et supplications de quoi elle se put aviser, qu’ils ne voulussent permettre qu’elle, qui était la plus heureuse femme du monde, devînt la plus misérable et la plus infortunée qui fut oncques : car maintenant tout le monde, disait-elle, a les yeux sur moi, pour autant que je suis sœur de l’un des empereurs et femme de l’autre. Or si (ce qu’à Dieu ne plaise) le pire conseil a lieu et que la guerre se fasse, quant à vous, il est incertain auquel des deux les dieux aient destiné d’être vainqueur ou vaincu : mais quant à moi, de quelque côté que la victoire se tourne, en tout événement ma condition sera toujours malheureuse. » — Plutarque traduit par Amyot. Vie d’Antoine.

(16) « Aussi à vrai dire Antonius était par trop insolent et trop superbe, et quasi comme fait en dépit et en mépris des Romains. Car il fit assembler tout le peuple dedans le parc, là où les jeunes gens s’adressent aux exercices de la personne, et là, dessus un haut tribunal argenté, fit mettre deux chaires d’or, l’une pour lui et l’autre pour Cléopatra, et d’autres plus basses pour ses enfants : puis déclara publiquement devant toute l’assistance qu’il établissait premièrement Cléopatra reine d’Égypte, de Cypre, de Lydie et de la basse Syrie, et avec elle Cæsarion aussi roi des mêmes royaumes : on estimait ce Cæsarion fils de Julius Cæsar, qui avait laissé Cléopatra enceinte. Secondement il appela ses enfants de lui et d’elle les rois des rois et donna pour apanage à Alexandre l’Arménie, la Médie et les Parthes quand il les aurait subjugués et conquis, et à Ptolémæus la Phénicie, la Syrie et la Cilicie : mais quand et quand il amena en public Alexandre vêtu d’une robe longue à la médoise, avec un haut chapeau pointu sur la tête, dont la pointe était droite, ainsi que le portent les rois des Médois et des Arméniens, et Ptolemæus vêtu d’un manteau à la macédonienne avec des pantoufles à ses pieds et un chapeau à large rebras bordé d’un bandeau royal, car