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onques faits, donna aux Romains pleine et entière vengeance de la honte et perte qu’ils reçurent à la mort de Marcus Crassus, et fit retirer les Parthes et se contenir au dedans des limites de la Mésopotamie et de la Médie, après avoir été déconfits et défaits par trois fois tout de rang en bataille ordonnée ; mais Ventidius n’osa pas entreprendre de les poursuivre plus outre, à cause qu’il craignait qu’il ne s’acquît l’envie et la male grâce d’Antonius. » Vie d’Antoine.

(14) Shakespeare semble avoir transporté dans son drame une scène historique dont il a été contemporain. En écoutant les minutieuses questions que Cléopâtre adresse ici au messager, on croirait entendre la reine Elisabeth interrogeant Melville sur le compte de sa rivale Marie Stuart. « Sa Majesté, raconte l’ambassadeur écossais dans ses Mémoires, me demanda quels cheveux je préférais, les siens ou ceux de la reine Marie. Je lui dis que leurs deux chevelures étaient d’un blond également rare. — Elle me pressa de lui dire qui des deux était la plus belle. Je lui dis qu’elle (la reine Elisabeth) était la plus belle en Angleterre et que ma reine était la plus belle en Écosse. Elle insista sur sa question. Je répondis qu’elles étaient les deux plus gracieuses personnes de leurs royaumes : que Sa Majesté était la plus jolie et ma souveraine la plus belle. — Elle me demanda quelle était la plus grande. Je lui dis que c’était ma reine. « Elle est trop grande alors, fit-elle, car je ne suis ni trop grande ni trop petite. » Elle me demanda quelles étaient les occupations de la reine Marie. Je répliquai que, d’après ma dernière dépèche, ma reine revenait d’une chasse dans les hautes terres ; que, quand ses affaires le lui pemettaient, elle lisait l’histoire, que d’autres fois elle jouait du luth et du clavecin. — En joue-t-elle bien ? — Mais raisonnablement pour une reine. — Elle me demanda qui dansait le mieux, ma reine ou elle ? Je répondis que ma reine dansait avec autant de noblesse qu’elle. Elle me répéta alors qu’elle voudrait voir la reine Marie d’une manière commode. Je lui offris de la mener secrètement en poste, déguisée en page. Elle pourrait voir ainsi la reine comme le roi Jacques V avait vu la sœur du duc de Vendôme qu’il devait épouser. J’ajoutai qu’elle n’aurait qu’à faire défendre son appartement pendant son absence, comme si elle était malade. Il n’était nécessaire de mettre dans la confidence que Lady Strafford et l’un des grooms de la chambre. Cette idée parut d’abord lui plaire ; puis elle reprit en soupirant : « Hélas ! si je pouvais faire ça ! » — Melville’s Memoirs.