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coqs ou des cailles qui étaient duites et faites à se battre. Celles de Cæsar vainquaient toujours, de quoi Antonius était marri en soi-même, combien qu’il n’en montrât rien par dehors, et pourtant en ajoutait plus de foi à cet Égyptien. »

(10) « Antonius se mit quelquefois à pêcher à la ligne, et voyant qu’il ne pouvait rien prendre, en était fort dépité et marri à cause que Cléopatra était présente. Si commanda secrètement à quelques pêcheurs, quand il aurait jeté sa ligne, qu’ils se plongeassent soudain en l’eau et qu’ils allassent accrocher à son hameçon quelques poissons de ceux qu’ils auraient péchés auparavant, et puis retira ainsi deux ou trois fois la ligne avec prise. Cléopatra s’en aperçut incontinent, toutefois elle fit semblant de n’en rien savoir et de s’émerveiller comment il péchait si bien : mais à part elle conta le tout à ses familiers et leur dit que le lendemain ils se trouvassent sur l’eau pour voir l’ébattement. Ils y vinrent sur le port en grand nombre et se mirent dedans des bateaux de pêcheurs, et Antonius aussi lâcha la ligne, et lors Cléopatra commanda à l’un de ses serviteurs qu’il se hâtât de plonger devant ceux d’Antonius et qu’il allât attacher à l’hameçon de sa ligne quelque vieux poisson salé, comme ceux qu’on apporte du pays de Pont : cela fait, Antonius, qui cuida qu’il y avait un poisson de pris, tira incontinent sa ligne, et adonc, comme on peut penser, tous les assistants se prirent bien fort à rire, et Cléopatra en riant lui dit : Laisse-nous, seigneur, à nous autres Égyptiens habitants de Pharus et de Canopus, laisse-nous la ligne : ce n’est pas ton métier : ta chasse est de prendre et conquérir villes et cités, pays et royaumes. »

(11) « Or tenait alors Sextus Pompéius la Sicile, et de là courait et pillait toute l’Italie avec un grand nombre de fustes et autres navires de corsaires que conduisaient Ménas et Ménécrates, deux écumeurs de mer, dont ils travaillaient tellement toute la mer que personne ne s’osait mettre à la voile : et si avait plus que Sextus Pompéius s’était honnêtement porté envers Antonius, car il reçut humainement sa mère, laquelle s’enfuyait de l’Italie avec Fulvia : par quoi ils avisèrent qu’il fallait aussi appointer avec lui. Si convinrent ensemble près le mont de Misène sur une levée qui est jetée assez avant dedans la mer, ayant Pompéius la flotte de ses navires là auprès à l’ancre, et Antonius et Cæsar leurs armées sur le bord de la mer tout à l’endroit de lui, là où, après qu’ils eurent arrêté que Pompéius aurait la Sicile et la Sardaigue, par tel convenant qu’il