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man italien, corrigé par Pierre Boisteau, passe le détroit, et aussitôt un rapsode anglais, Arthur Brooke, paraphrase la version française dans un poëme de quatre mille vers qu’il édite en 1562, avec ses initiales, sous ce titre prolixe : La tragique histoire de Romeus et Juliette, contenant un rare exemple de vraie constance ainsi que les subtils conseils et pratiques d’un vieux moine, et leur fatal résultat.

Cinq ans plus tard, un héraut d’armes de la reine Elisabeth, William Paynter, plus modeste qu’Arthur Brooke, traduit littéralement le texte de Boisteau et insère cette traduction dans une compilation banale. Le Palais du Plaisir, colportée par toute l’Angleterre dès 1567.

Shakespeare venait de naître.

C’est par cette série d’interprètes que la légende murmurée jadis sur une route par un passant est parvenue de souffle en souffle jusqu’à l’esprit souverain qui doit la vivifier.

Coïncidence frappante ! Au moment même où la fable italienne traverse la Manche, évoquée par le génie du Nord, elle franchit les Pyrénées, réclamée par le génie du Midi. Elle prend possession à la fois de ces deux grandes scènes rivales, la scène anglaise et la scène espagnole. Pendant que là-bas, au milieu des brumes de la Tamise, William Shakespeare rêve Roméo et Juliette, ici, sous un soleil presque africain, Lope de Vega compose Les Castelvins et les Montèses.

Avant d’entrer dans le théâtre de Londres et d’y assister au drame que répètent les comédiens ordinaires de la reine Élisabeth, pénétrons, s’il vous plaît, dans le théâtre de Madrid et voyons un peu la pièce que joue la troupe du roi don Philippe.