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mon enfant ! Non ! toute mon âme ! — Quoi, tu es mortel… Hélas ! mon enfant est morte, — et, avec mon enfant, sont ensevelies toutes mes joies !


LAURENCE.

— Silence, n’avez-vous pas de honte ? Le remède aux maux désespérés — n’est pas dans ces désespoirs. Le ciel et vous, — vous vous partagiez cette belle enfant ; maintenant le ciel l’a tout entière, — et pour elle c’est tant mieux. — Votre part en elle, vous ne pouviez la garder de la mort, — mais le ciel garde sa part dans l’éternelle vie. — Une haute fortune était tout ce que vous lui souhaitiez ; — c’était le ciel pour vous de la voir s’élever, — et vous pleurez maintenant qu’elle s’élève, — au-dessus des nuages, jusqu’au ciel même ! — Oh ! vous aimez si mal votre enfant — que vous devenez fou en voyant qu’elle est bien. — Vivre longtemps mariée, ce n’est pas être bien mariée ; — la mieux mariée est celle qui meurt jeune. — Séchez vos larmes et attachez vos branches de romarin — sur ce beau corps ; puis, selon la coutume, — portez-la dans sa plus belle parure à l’église. — Car, bien que la faible nature nous force tous à pleurer, — les larmes de la nature font sourire la raison.


CAPULET.

— Tous nos préparatifs de fête — se changent en appareil funèbre : — notre concert devient un glas mélancolique ; — notre repas de noces, un triste banquet d’obsèques ; — nos hymnes solennels, des chants lugubres. — Notre bouquet nuptial sert pour une morte, — et tout change de destination.


LAURENCE.

— Retirez-vous, monsieur, et vous aussi, madame, — et vous aussi, messire Pâris ; que chacun se prépare — à escorter cette belle enfant jusqu’à son tombeau. — Le ciel s’appesantit sur vous, pour je ne sais quelle offense ;