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avec lui. Elle se retourne vers son mari, lui ferme les yeux, puis reste quelque temps à le contempler, retient violemment sa respiration et retombe morte sur le mort.

Cependant les gardes du podestat, en passant près du cimetière, ont remarqué avec étonnement la lumière qui brille dans le caveau des Cappelletti. Ils se dirigent vers le monument, surprennent Lorenzo à côté des deux cadavres, et, le soupçonnant d’un double meurtre, le somment de sortir du tombeau pour s’expliquer. Lorenzo, qui est clerc, résiste d’abord à la sommation des officiers laïques. Mais le seigneur della Scala, prévenu de cette étrange arrestation, envoie au moine l’ordre de comparaître devant lui. Lorenzo se justifie bien vite en racontant minutieusement la tragique histoire des amants véronais. Touché jusqu’aux larmes de ces tristes événements, ce brave seigneur se rend lui-même au cimetière, déjà envahi par une foule immense, et ordonne que les deux époux, transportés à l’Église Saint-François, soient inhumés dans le même sépulcre. Attirés par une douleur commune, les Cappelletti et les Montecchi se rendent en masse à l’église ; et les deux familles, si longtemps ennemies, se réconcilient enfin sur la tombe des deux jeunes gens que leur discorde a tués. »


Ainsi finit l’aventure tragique que l’archer Pérégrino racontait au capitaine Luigi da Porto sur le chemin de Gradisca à Udine.

Que va devenir ce récit, écouté au milieu des distractions de toute espèce qui peuvent assaillir l’esprit dans une excursion militaire à travers un pays désolé ? Peut-être le vent qui souffle l’a-t-il emporté et jeté dans l’oubli, phrase à phrase, parole à parole ; peut-être n’en resterait rien, pas même un souvenir.