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LAURENCE.

— J’ai tout mon loisir, pensive enfant… — Mon seigneur, nous aurions besoin d’être seuls.


PÂRIS.

— Dieu me préserve de troubler la dévotion ! — Juliette, jeudi, de bon matin, j’irai vous réveiller. — Jusque-là, adieu, et recueillez ce pieux baiser.

Il l’embrasse et sort.

JULIETTE.

— Oh ! ferme la porte, et, cela fait, — viens pleurer avec moi : plus d’espoir, plus de ressource, plus de remède.


LAURENCE.

— Ah ! Juliette, je connais déjà ton chagrin, — et j’ai l’esprit tendu par une anxiété inexprimable. — Je sais que jeudi prochain, sans délai possible, — tu dois être mariée au comte.


JULIETTE

— Ne me dis pas que tu sais cela, frère, — sans me dire aussi comment je puis l’empêcher. — Si dans ta sagesse tu ne trouves pas de remède, — déclare seulement que ma résolution est sage, — et sur-le-champ je remédie à tout avec ce couteau.

Elle montre un poignard.

— Dieu a joint mon cœur à celui de Roméo ; toi, tu as joint nos mains ; — et, avant que cette main, engagée par toi à Roméo, — scelle un autre contrat, — avant que mon cœur loyal, devenu perfide et traître, — se donne à un autre, ceci aura eu raison de tous deux. — Donc, en vertu de ta longue expérience (108), — donne-moi vite un conseil ; sinon, regarde ! — entre ma détresse et moi je prends ce couteau sanglant — pour médiateur : c’est lui qui arbitrera le litige — que l’autorité de ton âge et de ta science — n’aura pas su terminer à mon