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ROMÉO.

— Soit ! qu’on me prenne, qu’on me mette à mort ; — je suis content, si tu le veux ainsi. — Non, cette lueur grise n’est pas le regard du matin, elle n’est que le pâle reflet du front de Cynthia ; — et ce n’est pas l’alouette qui frappe de notes si hautes — la voûte du ciel au-dessus de nos têtes. — J’ai plus le désir de rester que la volonté de partir. — Vienne la mort, et elle sera bienvenue !… Ainsi le veut Juliette… — Comment êtes-vous, mon âme ? Causons, il n’est pas jour.


JULIETTE.

— C’est le jour, c’est le jour ! Fuis-vite, va-t’en, pars : — C’est l’alouette qui détonne ainsi, — et qui lance ces notes rauques, ces strettes déplaisantes. — On dit que l’alouette prolonge si doucement les accords ; —— cela n’est pas, car elle rompt le nôtre. — On dit que l’alouette et le hideux crapaud ont changé d’yeux : —— oh ! que n’ont-ils aussi changé de voix, — puisque cette voix nous arrache effarés l’un à l’autre — et te chasse d’ici par son hourvari matinal (104) ! — Oh ! maintenant pars. Le jour est de plus en plus clair.


ROMÉO.

— De plus en plus clair ?… De plus en plus sombre est notre malheur.


Entre la Nourrice.

LA NOURRICE.

— Madame !


JULIETTE.

Nourrice ?


LA NOURRICE.

Madame votre mère va venir dans votre chambre. — Le jour paraît ; soyez prudente, faites attention.

La nourrice sort.