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CAPULET.

— Bon ; vous pouvez partir… — Ce sera pour jeudi, alors. — Vous, femme, allez voir Juliette avant d’aller au lit, — et préparez-la pour la noce… — Adieu, messire… De la lumière dans ma chambre, holà ! — Ma foi, il est déjà si tard — qu’avant peu il sera de bonne heure… Bonne nuit.

Ils sortent.

Scène XVI.


[La chambre à coucher de Juliette.]


Entrent Roméo et Juliette.

JULIETTE.

— Veux-tu donc partir ? le jour n’est pas proche encore : — c’était le rossignol et non l’alouette — dont la voix perçait ton oreille craintive. — Toutes les nuits il chante sur le grenadier, là-bas. — Crois-moi, amour, c’était le rossignol.


ROMÉO.

— C’était l’alouette, la messagère du matin, — et non le rossignol. Regarde, amour, ces lueurs jalouses — qui dentellent le bord des nuages à l’orient ! — Les flambeaux de la nuit sont éteints, et le jour joyeux — se dresse sur la pointe du pied au sommet brumeux de la montagne. — Je dois partir et vivre, ou rester et mourir.


JULIETTE.

— Cette clarté là-bas n’est pas la clarté du jour, je le sais bien, moi ; — c’est quelque météore que le soleil exhale — pour te servir de torche cette nuit — et éclairer ta marche vers Mantoue. — Reste donc, tu n’as pas besoin de partir encore (103).