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nouveau sur son lit, croise les bras et s’endort. Le lendemain matin, tout le monde était debout au château que Juliette n’était pas encore levée. Ses tantes et sa chambrière s’étonnent de ce retard inaccoutumé ; elles se décident à la réveiller et l’appellent. Pas de réponse. Elles tirent les rideaux du lit, regardent et trouvent la jeune fille rigide et blême comme un cadavre. Plus de doute : Juliette est morte ! Aux cris de douleur qui retentissent, don Antonio, arrivé depuis un moment au château, accourt dans la chambre de sa fille et fait vite appeler un médecin. L’homme de l’art déclare, après examen, que la malheureuse enfant est morte et qu’il ne reste plus qu’à l’ensevelir. On procède aux funérailles. Le corps de Juliette est ramené solennellement à Vérone et déposé dans le caveau de famille au cimetière Saint-François.

La funèbre cérémonie terminée, un valet de Roméo, qui depuis longtemps servait d’intermédiaire entre les deux époux, Piétro, court à Mantoue pour raconter à son maître les tristes événements dont tout Vérone est ému. Par suite d’un contre-temps funeste, Roméo n’avait pas reçu la lettre qui lui expliquait le stratagème de Lorenzo : au récit circonstancié que lui fait son fidèle valet, il ne doute pas que Juliette soit morte ; dès lors il n’écoute plus que son désespoir. Il congédie Piétro, qui pourrait s’opposer à ses sinistres projets, revêt une défroque de paysan, prend dans une armoire une fiole d’eau de serpent, part pour Vérone, arrive pendant la nuit au cimetière du couvent de Saint-François, s’introduit dans le caveau des Cappelletti, dont il descelle la pierre, et boit le poison en embrassant pour la dernière fois sa bien-aimée. À ce contact suprême, Juliette s’éveille.

Alors a lieu une scène déchirante entre le mari qui va mourir et la femme qui vient de renaître. Roméo