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l’amour, — n’en est chez toi que le guide égaré : — comme la poudre dans la calebasse d’un soldat maladroit, — il prend feu par ta propre ignorance — et te mutile au lieu de te défendre. — Allons, relève-toi, l’homme ! Elle vit, ta Juliette, — cette chère Juliette pour qui tu mourais tout à l’heure : — n’es-tu pas heureux ? Tybalt voulait t’égorger, — mais tu as tué Tybalt : n’es-tu pas heureux encore ? — La loi qui te menaçait de la mort devient ton amie — et change la sentence en exil : n’es-tu pas heureux toujours ? — Les bénédictions pleuvent sur ta tête ; — la fortune te courtise sous ses plus beaux atours ; — mais toi, maussade comme une fille mal élevée, — tu fais la moue au bonheur et à l’amour. — Prends garde, prends garde, c’est ainsi qu’on meurt misérable. — Allons, rends-toi près de ta bien-aimée, comme il a été convenu ; — monte dans sa chambre et va la consoler ; — mais surtout quitte-la avant la fin de la nuit, — car alors tu ne pourrais plus gagner Mantoue ; — et c’est là que tu dois vivre jusqu’à ce que nous trouvions le moment favorable — pour proclamer ton mariage, réconcilier vos familles, — obtenir le pardon du prince et te rappeler ici. — Tu reviendras alors plus heureux un million de fois — que tu n’auras été désolé au départ… (102) — Va en avant, nourrice, recommande-moi à ta maîtresse, — et dis-lui de faire coucher son monde de bonne heure ; — le chagrin dont tous sont accablés les disposera vite au repos… — Roméo te suit.


LA NOURRICE.

— Vrai Dieu ! je pourrais rester ici toute la nuit — à écouter vos bons conseils. Oh ! ce que c’est que la science !

À Roméo.

— Mon seigneur, je vais annoncer à madame que vous allez venir.