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moyens d’accomplir sa résolution désespérée : si le bon père ne veut pas lui fournir un poison rapide, elle se frappera d’un coup de couteau. Le religieux la supplie énergiquement de renoncer à son projet de suicide, et lui propose un expédient : au lieu de poison Juliette avalera un narcotique qui l’endormira pendant quarante-huit heures. Ses parents, la croyant morte, la feront ensevelir et déposer, sur un cercueil découvert, dans le tombeau de famille qui est placé justement au milieu du cimetière du couvent. Le moment venu, Lorenzo la retirera du caveau, la transportera dans sa cellule, jettera sur elle une robe de moine, puis l’escortera jusqu’à Mantoue, où l’attendra Roméo, initié d’avance, par une lettre de sa femme, à tous les détails du stratagème. — Juliette accepte avec joie ce plan sauveur, elle prend la poudre que lui présente Lorenzo, promet de lui envoyer sur-le-champ la lettre destinée à prévenir Roméo et, radieuse, retourne auprès de sa mère à qui elle demande pardon de son obstination passée. Enchanté de cette conversion miraculeuse, don Antonio veut hâter les noces de sa fille et l’envoie, sous l’escorte de deux tantes, dans un château, situé à deux milles de Vérone où elle doit être présentée à la famille de son fiancé.

Juliette se laisse conduire au manoir de fort bonne grâce ; mais, le soir venu, elle prétexte la fatigue du voyage, et se retire dans sa chambre avec une jeune camériste qui couche ordinairement près d’elle. Vite elle se déshabille et se met au lit ; la camériste en fait autant et s’endort. Au bout de quelque temps, Juliette la réveille, lui dit qu’elle a grand soif et la prie d’aller lui chercher un verre d’eau. La soubrette obéit machinalement et se recouche. Juliette prend le verre d’eau, y verse précipitamment la poudre narcotique, l’avale, puis se relève, se revêt de ses habits de fête, éteint sa lumière, s’étend de