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certain Tebaldo, qui paraissait le plus enragé parmi les ennemis, et d’un coup d’épée l’étend roide mort sur la place. Les Cappelletti furibonds courent se plaindre au seigneur della Scala et, sur leurs instances, le meurtrier est expulsé de Vérone. À la nouvelle de cet arrêt, Juliette se rend à la cellule de Lorenzo où son mari est caché ; là elle déclare à Roméo qu’elle l’accompagnera dans son exil ; elle coupera ses tresses blondes et le servira comme son page, et jamais seigneur n’aura été mieux servi. Roméo repousse généreusement cette offre généreuse ; convaincu qu’avant peu il obtiendra sa grâce, il décide sa femme à attendre à Vérone le résultat des démarches qui vont être faites auprès du podestat. — Voilà les époux séparés. L’un chevauche tristement vers Mantoue, tandis que l’autre retourne désolée sous le toit paternel.

Les jours se passent. Le chagrin mine la santé de Juliette et altère ses traits. Sa mère s’inquiète de ce changement et veut en savoir la cause. Mais Juliette la lui dissimule ; elle n’attribue qu’à des prétextes futiles la douleur qui la tue. Donna Giovanna, à bout de conjectures, finit par se persuader que la pauvre enfant meurt d’envie de se marier et qu’elle a honte d’en convenir. Toute fière de sa découverte, elle va la communiquer à son seigneur et maître, don Antonio, qui sur-le-champ ordonne que sa fille, pour se guérir, épousera sans délai le comte de Lodrone. Juliette a beau protester qu’elle ne désire pas se marier, don Antonio n’en veut pas démordre ; il menace Juliette de toute sa tyrannie paternelle si elle se refuse plus longtemps à devenir comtesse. Mais la femme de Roméo aime mieux mourir que de violer la foi jurée. Conduite par sa mère, qui croit la mener à confesse, Juliette retourne au couvent de Saint-François et conjure Lorenzo de lui fournir les