Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/301

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Mais d’abord laissez-moi vous déclarer que, si vous aviez l’intention, comme on dit, de la mener au paradis des fous, ce serait une façon d’agir très-grossière, comme on dit : car la demoiselle est si jeune ! Si donc il vous arrivait de jouer double jeu avec elle, ce serait un vilain trait à faire à une demoiselle, et un procédé très-mesquin.


ROMÉO.

Nourrice, recommande-moi à ta dame et maîtresse. Je te jure…


LA NOURRICE.

L’excellent cœur ! Oui, ma foi, je le lui dirai. Seigneur ! Seigneur ! elle va être bien joyeuse.


ROMÉO.

Que lui diras-tu, nourrice ? Tu ne m’écoutes pas.


LA NOURRICE.

Je lui dirai, monsieur, que vous jurez, ce qui, à mon avis, est une action toute gentilhommière.


ROMÉO.

— Dis-lui de trouver quelque moyen d’aller à confesse — cette après-midi (83) ; — c’est dans la cellule de frère Laurence — qu’elle sera confessée et mariée. Voici pour ta peine.

Il lui offre la bourse.

LA NOURRICE.

— Non vraiment, monsieur, pas un denier !


ROMÉO.

Allons ! il le faut, te dis-je.


LA NOURRICE, prenant la bourse.

— Cette après-midi, monsieur ? Bon, elle sera là.


ROMÉO.

— Et toi, bonne nourrice, tu attendras derrière le mur de l’abbaye. — Avant une heure, mon valet ira te rejoindre — et t’apportera une échelle de corde : — ce