Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/287

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

— si ton but est le mariage, fais-moi savoir demain, — par la personne que je ferai parvenir jusqu’à toi, — en quel lieu et à quel moment tu veux accomplir la cérémonie, — et alors je déposerai à tes pieds toutes mes destinées, — et je te suivrai, mon seigneur, jusqu’au bout du monde !


LA NOURRICE, derrière le théâtre.

Madame !


JULIETTE.

— J’y vais ! tout à l’heure ! Mais si ton arrière-pensée n’est pas bonne, — je te conjure…


LA NOURRICE, derrière le théâtre.

Madame !


JULIETTE.

À l’instant ! J’y vais !… — de cesser tes instances et de me laisser à ma douleur… — J’enverrai demain.


ROMÉO.

Par le salut de mon âme…


JULIETTE.

— Mille fois bonne nuit !

Elle quitte la fenêtre.

ROMÉO.

— La nuit ne peut qu’empirer mille fois, dès que ta lumière lui manque…

Se retirant à pas lents.

— L’amour court vers l’amour comme l’écolier hors de la classe ; — mais il s’en éloigne avec l’air accablé de l’enfant qui rentre à l’école.

Juliette reparaît à la fenêtre.

JULIETTE.

— Stt ! Roméo ! Stt !… Oh ! que n’ai-je la voix du fauconnier — pour réclamer mon noble tiercelet ! — Mais la captivité est enrouée et ne peut parler haut : — sans