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Nil ? » Et, quand Antoine a expiré, quels regrets ! quelle désolation ! La douleur éclata-t-elle jamais en sanglots plus pathétiques : « Veux-tu donc mourir, ô le plus noble des hommes ? As-tu pas souci de moi ? Resterai-je donc dans ce triste monde qui en ton absence n’est plus que fumier ? Oh ! voyez, mes femmes, le couronnement du monde s’écroule… Oh ! flétri est le laurier de la guerre ! L’étendard du soldat est abattu ! Les petits garçons et les petites filles sont désormais à la hauteur des hommes ; plus de supériorité ! Il n’est rien resté de remarquable sous l’empire de la lune ! « Elle s’évanouit, et, quand elle revient à la vie, c’est avec la résolution de la quitter. « L’acte vraiment brave et vraiment noble, nous allons l’accomplir à la grande façon romaine, et nous rendrons la mort fière de nous obtenir… Allons ! sortons ! L’enveloppe de ce vaste esprit est déjà froide… Ah ! femmes, femmes, nous n’avons plus pour amis que notre courage et la fin la plus prompte. »

Shakespeare a scrupuleusement suivi le récit de Plutarque : il n’y a fait qu’une modification essentielle. Dans l’histoire, Antoine, après sa réconciliation avec Octave, cohabite avec Octavie et a d’elle des enfants. Dans le drame, Antoine n’épouse Octavie que pour la forme : il se refuse « à fouler l’oreiller conjugal et à engendrer d’elle une race légitime. »

Have I my pillow left impress’d in Rome,
Forborne the getting of a lawful race.

Qui ne voit dans cette correction de l’histoire par le génie un trait d’exquise délicatesse ? Le poëte n’a pas voulu que son héros fût un seul instant infidèle à son héroïne : il n’a pas permis qu’une trahison, même légale, profanât cet adultère sacré. Pour Shakespeare, l’union