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gorge — le nom d’Antoine, suspendu — entre son cœur et ses lèvres : elle a rendu l’âme, gardant ton nom enseveli en elle.


ANTOINE.

Elle est donc morte ?


MARDIAN.

Morte !


ANTOINE.

— Éros, désarme-moi ; la tâche de la longue journée est finie, — et nous devons dormir.

À Mardian.

Pars d’ici sain et sauf, — et tiens-toi pour bien payé de ta peine. Va.

Mardian sort.

Allons, défais tout cela.

Éros lui enlève son armure, pièce à pièce.

— Le bouclier à sept peaux d’Ajax ne saurait contenir — les battements de mon cœur. Oh ! déchirez-vous, mes flancs ! — Mon cœur, sois plus fort que ton récipient — et brise ta frêle enveloppe… Vite, Eros, vite ! — Je ne suis plus un soldat… Lambeaux de mon armure, allez ! — Vous avez été noblement portés !… Laisse-moi un instant.

Éros sort.

— Je vais te rejoindre, Cléopâtre, et — implorer mon pardon. Oui, il le faut, car maintenant — tout délai est torture… Puisque la torche est éteinte, — couchons-nous, sans plus tarder. Maintenant tout labeur — s’évertuerait en pure perte ; la force ne ferait que s’embarrasser — par ses efforts même. Apposons notre sceau, et tout est fini… — Éros !… Je viens, ma reine… Éros ! Attends-moi. — Là où les âmes couchent sur des fleurs, nous irons, la main dans la main, — et nous éblouirons les esprits de notre auguste apparition ; — Didon et son