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DEUXIÈME SOLDAT.

La journée a été — dure pour nous.


ÉNOBARBUS.

Ô nuit, sois-moi témoin…


TROISIÈME SOLDAT.

— Quel est cet homme ?


DEUXIÈME SOLDAT.

Approchons et écoutons-le.


ÉNOBARBUS.

— Sois témoin, ô lune sacrée, — quand l’histoire jettera sur les traîtres — un souvenir flétrissant, sois témoin que le pauvre Énobarbus — s’est repenti devant ta face.


PREMIER SOLDAT.

Énobarbus !


TROISIÈME SOLDAT.

Silence ! — Écoutons encore.


ÉNOBARBUS.

— Ô souveraine maîtresse de la mélancolie profonde, — déverse sur moi les humides poisons de la nuit, — afin que cette vie, rebelle à ma volonté, — ne m’accable plus. Jette mon cœur — contre la pierre dure de ma faute, — et que, desséché par la douleur, il s’y brise en poussière — pour en finir avec toute sombre pensée. Ô Antoine, — plus généreux que ma révolte n’est infâme, pardonne-moi pour ta part, — et qu’alors le monde m’inscrive sur le registre — des déserteurs et des transfuges ! — Ô Antoine ! ô Antoine !

Il meurt.

DEUXIÈME SOLDAT.

Parlons-lui.


PREMIER SOLDAT.

— Écoutons-le bien : car les choses qu’il dit — peuvent intéresser César.