Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/19

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LE MESSAGER.

Madame, il est marié à Octavie.


CLÉOPÂTRE, le frappant.

Que la peste la plus venimeuse fonde sur toi !


LE MESSAGER.

Bonne madame, patience !


CLÉOPÂTRE.

Hors d’ici, horrible drôle, ou je vais chasser tes yeux comme des balles devant moi ; je vais dénuder ta tête.

Le secouant violemment.

Je te ferai fouetter avec du fer, étuver dans la saumure et confire à la sauce ardente… Oh ! dis que cela n’est pas, et je te donnerai une province, et je rendrai ta fortune splendide, et je te gratifierai de tous les dons que ton humilité peut mendier.


LE MESSAGER.

Il est marié, madame.


CLÉOPATRE, tirant un couteau.

Misérable, tu as trop longtemps vécu.

Le messager s’enfuit.

Bientôt l’action nous rappelle à Rome où nous assistons à la séparation d’Octave et d’Octavie ; mais c’est comme à contre-cœur que le poëte cède cette fois encore aux exigences du sujet ; il écourte les adieux du frère et de la sœur, et il invente une nouvelle scène où la reine d’Égypte reparaît pour questionner le messager sur sa rivale :

— As-tu aperçu Octavie ?

— Oui, reine redoutée.

— Où ?

— À Rome, madame. Je l’ai regardée de face : elle marchait entre son frère et Marc-Antoine.

— Est-elle aussi grande que moi ?

— Non, madame.

— L’as-tu entendu parler ? A-t-elle la voix perçante ou basse ?