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leur théodicée. L’initiation à leur art avait pour conditions premières un complet renoncement à la vie mondaine, une austérité parfaite, une chasteté absolue. « Les hommes dévoués à Dieu, écrivait Agrippa, l’illustre théurge du seizième siècle, doivent être élevés par les trois vertus théologales, et alors ils commandent aux éléments, détournent les tempêtes, soulèvent les vents, font fondre les nues en pluie, guérissent les malades, ressuscitent les morts [1]. » Pour avoir des rapports suivis avec des êtres bienfaisants ou angéliques, il fallait, pour ainsi parler, que l’homme mît son âme à l’unisson de ces âmes. Il fallait que son esprit, dégagé autant que possible de la matière, fût d’avance en communion sympathique avec les esprits évoqués. Aussi les enchanteurs se soumettaient-ils à l’ascétisme le plus rigoureux. Pour commencer la plus simple opération magique, pour évoquer, non pas même un ange, mais une simple fée, ils jugeaient nécessaire de prier, de jeûner pendant trois jours et de se purifier le corps par des ablutions continuelles. Dans ce livre si intéressant et si peu connu que j’ai déjà cité, Reginald Scot vous indique minutieusement ce que vous devez faire pour évoquer une fée. Libre à vous de faire l’expérience :

« D’abord jeûnez et priez pendant trois jours et abstenez-vous de toute impureté. Puis allez dans une chambre ou dans un salon convenable, et tracez un cercle avec de la craie : puis, à quatre pieds de ce cercle, tracez un second cercle où doit apparaître la fée : ne mettez pas de nom dans ce second cercle, ne jetez dedans aucune chose sainte, mais entourez-le d’un troisième cercle. Alors, que le maître et son disciple s’asseoient dans le premier cercle, le maître ayant le

  1. La philosophie occulte, par Cornélius Agrippa. II, p. 19.