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de l’aire de mon côte ce qui était impossible du sien… Ému de ses peines et des dangers qu’elle a courus, je n’ai pu trouver de repos que je n’aie moi-même entrepris le voyage pour aller la chercher… Nous serons de retour dans vingt jours, le vent et le temps aidant. Pourtant, dans la crainte que mon absence ne se prolonge, selon le bon plaisir de Dieu, j’ai désigné un gouverneur qui veillera sur ce royaume, et je compte, en conséquence, sur la bonne conduite de mes sujets. »

Jacques laissa ce manifeste sur la table royale, et, saisissant le bras du chancelier, l’entraîna à bord du sloop amiral.

L’escadrille partit furtivement de Leith entre minuit et une heure du matin, le mercredi 22 octobre 1589. Elle mit le cap sur le golfe au fond duquel était situé le bourg d’Upslo, et qui ne s’appelait pas encore le golfe de Christiania.

La traversée fut bonne, et, au bout de quatre jours, on se trouvait en vue des côtes norwégiennes, voguant délicieusement sur les eaux du Skager-Rack. Toute la cour était sur le pont, gaie, joyeuse, ravie d’avoir accompli si vite le dangereux voyage. Tout à coup, c’était dans la journée du 26 octobre, le ciel s’assombrit. Un brouillard impénétrable masque le soleil et jette toute la flottille dans une obscurité profonde. Le commandant du sloop royal veut jeter l’ancre, mais les chaînes sont trop courtes, et le navire est emporté par le courant. La coquille de noix, qui porte Jacques VI et sa fortune, flotte ainsi à la dérive pendant trente mortelles heures. Le roi, tous les courtisans, tous les matelots sont en prière. Enfin le ciel se dégage, le brouillard tombe. Il était temps. Le sloop allait se heurter contre les brisants de la côte. Quelle est cette côte ? On aperçoit une petite baie. Vite on y débarque. Cette côte est la côte norwégienne ! Cette