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Dubartas et que, puisqu’on l’exigeait, il se résignait à épouser tout de suite la princesse de Danemark.

Malheureusement, Élisabeth ne s’y laissa pas prendre. Cette vieille fille couronnée, que tous les mariages mettaient en rage, fut furieuse de celui-ci. Elle déclara bien haut qu’elle ne donnerait pas un penny pour ces noces-là, qu’elle ferait croiser sa flotte sur les côtes d’Écosse, qu’elle empêcherait la jeune princesse d’arriver et que Jacques se repentirait de l’avoir trahie.

La reine d’Angleterre n’était pas seule hostile à cette union. Parmi les grands seigneurs d’Écosse, il y avait des mécontents, mais le plus désappointé était sans contredit un certain Francis, comte de Bothwell, fils naturel d’un frère de Marie Stuart. Ce Francis, voyant la couronne d’Écosse sur la tête d’un enfant infirme, s’était flatté de la voir un jour sur la sienne. Il avait toutes les séductions d’un prétendant : il était beau, brave, intrigant, recherché des courtisans, adoré des femmes en général et en particulier de dame Euphane Mac-Calzean, la jolie veuve d’un sénateur du collège de justice. Cette dame aimait tant le comte qu’elle le voyait toujours assis sur son trône. Elle l’entretenait dans ces espérances, et, impatiente de les voir réalisées, elle avait, dit-on, consulté certaines femmes suspectes sur la durée de la vie du roi. — Le mariage de Jacques VI désormais annoncé dérangeait tout ce beau plan. Si Jacques prenait une femme et avait des enfants, adieu le sceptre que dame Mac-Calzean rêvait pour son bien-aimé.

En dépit de sa marraine Élisabeth, en dépit de son cousin Francis, en dépit de ses puissantes amies et de dame Mac-Calzean, Jacques VI résolut de tout brusquer. Il dépêcha le comte maréchal d’Écosse pour épouser la princesse Anne par procuration et la ramener au plus vite à Édimbourg. Le mariage in partibus eut lieu le