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II

RAPPORTS DE L’HOMME AVEC LE MONDE INVISIBLE.

LA MAGIE.


Résumons nos observations sur l’état du monde invisible au temps de Shakespeare.

Entre l’ange toujours bon et le démon à jamais méchant que la Bible lui désignait, le moyen âge reconnaissait toute une race d’esprits intermédiaires.

Cette race était comme une humanité supérieure suspendue entre le ciel et l’enfer, qui, par son type suprême, touchait à l’ange, et, par son type infime, au démon.

Une hiérarchie traditionnelle divisait cette race en quatre espèces principales : la fée, placée au-dessous de l’ange ; le sylphe, au-dessous de la fée ; le lutin, au-dessous du sylphe ; le gnome, au-dessus du démon.

Ces quatre espèces, Shakespeare les a symbolisées dans son drame par quatre créations impérissables.

Le gnome, c’est Caliban.

Le lutin, c’est Puck.

Le sylphe, c’est Ariel.

La fée, c’est Titania.

Ici, une nouvelle question surgit.

Entre le monde invisible et l’homme, les communications étaient-elles possibles ?

Le moyen âge le croyait. Et non-seulement il le croyait, mais il dénonçait comme athée quiconque ne le croyait pas. Un écrivain orthodoxe du xvie siècle, Bodin