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comme sur la maladie d’un ami. Une fois armé du pouvoir et maître du monde, tu dois, d’un front calme, défier ses rages les plus furieuses et braver ses volontés les plus obstinées. Tu es sincère, bon, résolu, libre des froides entraves de l’usage qui dessèche le cœur ; tu as la passion sublime, pure et indomptable. Les vanités et les bassesses de la terre ne pourraient pas te vaincre. Tu es donc digne de la faveur que tu viens de recevoir. La vertu marquera la trace de tes pas dans les sentiers que tu auras foulés, et le jour de la lumineuse espérance éclairera ta vie sans tache qu’aura sanctifiée l’amour. — Pars heureux et va remettre en joie ce sein fidèle dont l’esprit guette dans l’insomnie pour saisir la lumière, la vie et l’extase au vol de ton sourire ! »

La Fée agita sa baguette magique. Muet de bonheur, baissant en actions de grâces ses regards radieux, l’Esprit monta dans le char qui roula par-dessus les créneaux, traîné de nouveau par l’attelage enchanté. Les roues incandescentes brûlèrent de nouveau la pente à pic de la route inexplorée du ciel. Le chariot volait vite et loin. Les vastes globes enflammés qui tourbillonnaient autour de la porte du palais féerique s’amoindrirent par degrés. Ils n’avaient plus que la chétive scintillation des orbes planétaires qui, obéissant à la puissance du soleil, suivaient là-bas, avec une lumière empruntée, leur chemin raccourci. — Déjà la Terre flottait au-dessous. Le chariot s’arrêta un moment. L’Esprit descendit. Les coursiers infatigables refoulèrent le sol étranger, exhalèrent l’air grossier, puis, leur mission finie, déployèrent leurs ailerons aux vents du ciel.

Le Corps et l’Âme se réunirent alors. Un doux tressaillement agita le sein d’Yanthe.

Ses paupières veinées s’ouvrirent doucement. Ses pru-