Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/363

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sement s’affaiblit en suaves échos pour murmurer le long des allées à ciel ouvert et s’harmoniser avec la nature épurée de l’homme.

» Ces déserts immenses de sable, dont les ardeurs concentrées laissaient à peine un oiseau vivre, un brin d’herbe pousser, où le cri aigu des amours du lézard vert interrompait seul un silence étouffant, regorgent maintenant de ruisseaux sans nombre et de forêts ombreuses, de champs de blé, et de pâturages, et de blanches chaumières ; et, là même où la savane effarée voyait le sauvage vainqueur se vautrer dans le sang parent du sien, et la tigresse rassasier de la chair des agneaux la faim monstrueuse de ses petits sans dent, tandis que le désert retentissait de cris et de rugissements, — la une prairie en pente douce, pailletée de marguerites, offrant son doux encens au soleil levant, sourit de voir un enfant qui, devant la porte de sa mère, partage son goûter du matin avec le basilic vert et or venu pour lui lécher les pieds !

» Vois ces profondeurs inexplorées où tant de voiles fatiguées avaient vu, au-dessus d’une plaine sans bornes, le matin succéder à la nuit et la nuit au matin, sans qu’aucune terre déployât, pour saluer le voyageur, l’ombre de ses montagnes sur la mer radieuse ; ces solitudes mélancoliques où les mugissements des lames s’étaient si longtemps confondus avec le vent d’orage, vibrant sur les déserts de l’Océan, d’accord seulement avec le cri déchirant de l’oiseau de mer, avec le beuglement des monstres et des ouragans ! Aujourd’hui, elles font écho aux sons les plus doux et les plus variés de la tendre musique humaine. Dans ces empires solitaires sont enchâssées, entre de légers nuages et les mers transparentes, de lumineuses îles dont les fertiles vallées résonnent d’allégresse et dont les vertes forêts