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lumière vermeille, ondoyant au souffle de la mélodie, dans ce milieu surhumain, obéirent au moindre mouvement de leur volonté. Sur leur vibration passive l’Esprit s’appuya, sans revendiquer les glorieux droits de la vertu et de la sagesse sur toutes les béatitudes qui l’entouraient.

« Esprit, dit la Fée, en désignant le dôme éblouissant, voici un spectacle merveilleux, et qui défie toute grandeur humaine. Mais, si l’unique récompense de la vertu était de vivre dans un palais céleste, tout entière livrée aux impulsions du plaisir et emprisonnée en elle-même, le but de l’immuable nature ne serait pas atteint. Apprends donc à rendre les autres heureux. Viens, Esprit ! voici ton haut privilége. Le passé va se dresser devant toi ; tu contempleras le présentée ; je t’enseignerai les secrets de l’avenir. »

La Fée et l’Esprit s’approchèrent du créneau plongeant. Au-dessous était étendu l’univers. Aussi loin que l’horizon le plus reculé qui borne l’essor de l’imagination, des globes innombrables et indéfinis se mêlaient dans un tourbillon, obéissant immuablement à l’éternelle loi de la nature. Au-dessus, au-dessous, partout, les systèmes formaient en tournant une solitude d’harmonie ; chacun, dans un éloquent silence, à travers les abîmes de l’espace, poursuivait, sans dévier, sa voie prodigieuse.

Il y avait une petite lumière qui scintillait dans la distance brumeuse. L’œil d’un esprit pouvait seul voir tout ce globe ; l’œil d’un esprit pouvait seul, et seulement, de cette demeure céleste, distinguer toutes les actions des habitants de ce monde. Mais la matière, l’espace et le temps cessent d’agir dans ces retraites aériennes, et, quand la sagesse toute-puissante a recueilli la moisson de sa perfection, elle franchit tous les obstacles qu’une âme terrestre n’oserait tenter de vaincre.