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d’Yanthe ; elles cédèrent et se rompirent comme des liens de paille sous l’effort d’un géant qui s’éveille. Elle connaissait son glorieux changement, et sentait, dans son entendement délivré, sourdre partout de nouvelles extases ; toutes les rêveries de sa vie mortelle, toutes les visions délirantes du sommeil qui avait clos chaque bonne journée, semblaient maintenant prendre réalité.

La Fée et l’Âme se mirent en mouvement ; les nuages d’argent s’écartèrent ; et, comme elles montaient dans le char magique, la musique inouïe vibra de nouveau, de nouveau les coursiers de l’air déployèrent leurs ailerons d’azur, et la Fée, secouant les rênes radieuses, leur commanda de poursuivre leur route.

Le char magique avançait… La nuit était belle, et les astres sans nombre étaient enchâssés dans la voûte bleu-sombre du ciel. Juste au-dessus du flot oriental venait de poindre le premier sourire vague de l’Aurore… Le char magique avançait. Des sabots éthérés l’atmosphère jaillissait en étincelles, et, à la place où les roues flamboyantes tourbillonnaient, au-dessus du pic le plus élevé de la montagne, était tracé un sillage d’éclair. Déjà, il planait au-dessus d’un rocher, sommet suprême de la terre, le rival des Andes, dont le sourcil noir était froncé au-dessus de la mer d’argent.

Bien, bien au-dessous de la voie du char, tranquille comme un enfant endormi, le terrible Océan gisait. Le miroir de ses calmes reflétait les astres pâles et décroissants, la traînée de flamme du chariot, et la lumière grise du matin colorant les nuages floconneux, qui faisaient un dais crépusculaire. Il semblait que le chemin du chariot longeait le milieu d’une immense voûte, rayonnante de millions de constellations, teinte des nuances de la couleur infinie, et à demi entourée d’une ceinture dardant d’incessants météores.