Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/345

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


penchant gracieuse du haut de son char éthéré, elle contemple longtemps en silence la vierge assoupie.

Oh ! non, jamais le poëte visionnaire, dans ses rêves, alors que des nuages argentés flottent dans son cerveau ébloui, alors que tous les spectacles de l’adorable, de l’étrange et du grand l’étonnent, l’extasient et le transportent, alors que sa fantaisie combine d’un coup d’œil le merveilleux et le beau ; non, jamais le poëte n’a vu une créature aussi lumineuse, aussi gracieuse, aussi fantasque que celle qui retenait les coursiers aériens et versait la magie de son regard sur ce sommeil de jeune fille !

La jaune pleine lune brillait confusément à travers sa forme, forme d’une symétrie absolue. Le char irisé et transparent ne dérangeait pas la ligne du clair de lune. Ce n’était pas un spectacle terrestre. Ceux qui ont aperçu cette vision au-dessus de toute splendeur humaine, n’ont pas entendu le souffle du vent de nuit, n’ont pas entendu un son terrestre ; ils n’ont vu que l’apparition féerique, ils n’ont entendu que les bruissements célestes qui remplissaient la solitaire retraite.

Le corps de la Fée était plus mince et plus léger que cette nuée floconneuse, là-bas, qui ne retient que la plus pâle nuance du soir et que le regard tendu peut à peine saisir, au moment où elle fond dans l’ombre du crépuscule oriental. La belle étoile qui diamante la splendide couronne du matin ne jette pas une lumière aussi puissante et aussi douce que celle qui, jaillissant des formes de la Fée, répandait autour d’elle un halo de pourpre, et par des mouvements ondulés suivait gracieusement ses contours.

De son char céleste, la Reine des Fées descendit, et trois fois elle agita sa baguette, enlacée de guirlandes d’amaranthe. Sa forme mince et brumeuse remuait au