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— Vois-tu, Thomas, le premier chemin, ce sentier tout encombré d’épines et de ronces ? C’est le chemin que prennent les justes. Il mène au royaume de Dieu. — Vois-tu, Thomas, le second chemin, cette grande route toute semée de lis ? C’est le chemin que prennent les méchants. Il mène au royaume du diable. — Vois-tu, Thomas, le troisième chemin, cette belle allée qui serpente le long de la colline ? C’est le chemin que nous allons prendre. Il mène dans mon royaume.

— Seriez-vous, par hasard, la reine des fées ? balbutia Thomas ébloui.

— Tu l’as dit. Maintenant suis-moi, je vais t’introduire au château et te présenter au roi. Mais, auparavant, jure-moi de ne pas prononcer une parole, quoi que tu puisses entendre ou voir. Ce silence est la condition de ton salut. Si tu échanges seulement un mot avec un habitant du pays féerique, tu ne peux plus revenir sur la terre.

— Je jure d’être muet, dit le ménestrel solennellement. Et Thomas suivit la reine.

Après quelques minutes de marche, il aperçut un édifice prodigieux. C’était le palais des fées.

La ballade à laquelle mon récit est emprunté omet de décrire ce palais. Mais un autre poëme écossais, la ballade intitulée : Orphée et Eurydice, peut nous donner une idée de sa construction. Le Louvre féerique était un édifice d’une hauteur gigantesque, ceint de cent tours crénelées, et ayant pour coupole un seul morceau de cristal. À l’intérieur, il était divisé en vastes salles soutenues par des colonnades d’or, et taillées chacune dans une pierre précieuse. Quand la lumière du jour faiblissait, toutes ces pierres précieuses étincelaient, toutes ces colonnades flamboyaient, toute cette coupole rayonnait. Alors le palais des fées devenait une immense escarboucle.

Ce fut dans cette vertigineuse demeure que le ménes-