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in-quarto, par les deux éditeurs de l’in-folio ? Dira-t-on que Meres s’est trompé ? que Ben Jonson s’est trompé ? que le roi Jacques s’est trompé ? que Milton s’est trompé ? Soit.

Eh bien, il y a un témoignage que nul ne récusera. C’est celui de Shakespeare lui-même.

Quand, en 1796, Malone affirmait que l’auteur de la Tempête écrivait son nom Shakspere, Malone oubliait qu’il existe deux lettres, écrites et signées par le poëte, et imprimées sous ses yeux à la fin du seizième siècle.

La première lettre [1] parut en 1593, en tête du poëme intitulé Vénus et Adonis. Elle est adressée au très-honorable Henry Wriothesly, comte de Southampton et baron de Titchfield, et signée WILLIAM SHAKESPEARE.

La seconde lettre parut en 1594 en tête du poëme intitulé : Le viol de Lucrèce. Elle est adressée au même comte de Southampton et signée de même : WILLIAM SHAKESPEARE.

WILLIAM SHAKESPEARE, telle était la signature authentique du poëte. En présence de ces deux documents, on s’étonne de la légèreté de Malone affirmant que l’auteur d’Hamlet écrivait toujours son nom Shakspere. — Au reste, comme il était facile de le prévoir, la réaction s’est faite contre l’orthographe indiquée si étourdiment par le critique du dix-huitième siècle. On revient de nouveau à la vieille épellation indiquée par l’in-folio de 1623. Les éditions les plus récemment parues en Angleterre, la savante édition de M. Collier et la ravissante édition illustrée avec tant de talent par M. Gilbert ont remis toutes ses lettres à ce grand nom estropié, et j’ai suivi cet exemple en appelant le glorieux poëte comme il s’appelait : WILLIAM SHAKESPEARE.

(22) Allusion au proverbe anglais : « Il faut une longue cuiller pour manger avec le diable. »

(23) Il faut traduire exactement le mot mooncalf, veau de la lune. Le veau de la lune, selon Pline, est un animal informe, engendré de la femme seule.

(24) Shakespeare croyait, sans aucun doute, qu’il y a des hommes ayant la tête dans la poitrine. Ce n’est pas seulement le naïf Gonzalo qui en parle, c’est Othello, l’héroïque aventurier, qui affirme les avoir vus, devant le sénat de Venise. Cette crédulité n’avait rien

  1. Voir ces lettres au volume XV.