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sont écrits tous les mots latins prouve l’ignorance complète des éditeurs. Ils ne connaissent même pas la structure des vers ni la règle de la prosodie anglaise ! Aussi, les fautes se comptent, non par centaines, mais par milliers.

Au surplus, la négligence n’est pas le seul crime qu’on ait à reprocher aux éditeurs de l’in-folio de 1623. S’ils s’étaient bornés à ne pas corriger les épreuves du livre, il n’y aurait eu que demi-mal. Ce qu’il a de pis, c’est qu’ils ont trop corrigé l’œuvre du glorieux défunt. Oui, ils ont osé modifier la pensée du maître ! Ils ont osé écourter, émonder le texte sacré ! Ils ont raturé les interjections qui leur paraissaient malsonnantes ! Dominés par le bigotisme puritain, ils ont retranché, comme autant de blasphèmes, toutes les invocations à la divinité ! Ils ont élagué du livre tout ce qui leur paraissait faire longueur au théâtre : ils ont effacé trois cents vers dans Hamlet, quatre-vingts dans Othello, etc., etc. Ce n’est pas tout. Ils ont soumis la plupart des pièces de Shakespeare à l’uniforme division en cinq actes, sans se préoccuper de l’étendue de chacune de ces pièces et sans se soucier de l’endroit où ils établissaient leur division. C’est ainsi que, dans leur édition, la Tempête, plus courte de moitié qu’Hamlet, compte autant d’actes qu’Hamlet.

Il suffit de feuilleter l’in-folio original pour se convaincre que cette division par actes a été faite à la légère. Dans nombre de pièces, notamment dans Othello, dans le Roi Lear, dans Macbeth, les éditeurs de 1623 ont haché l’action au milieu des développements les plus dramatiques ; ils ont rompu l’unité scénique au moment où cette unité était le plus nécessaire. — Après une étude approfondie, je suis persuadé, quant à moi, que la division en cinq actes, imposée au drame de Shakespeare par tous les éditeurs modernes, est une division arbitraire, contraire à la pensée du poëte, contraire à son génie.

Écoutez ce que déclare à ce sujet le docteur Johnson dans la préface de son édition de Shakespeare : « J’ai conservé, dit le célèbre critique, la commune distribution des pièces en cinq actes, bien que je la croie dépourvue d’autorité dans presque toutes les pièces. Quelques-unes des pièces qui sont ainsi divisées dans les récentes éditions sont imprimées sans division dans l’in-folio, et celles qui sont ainsi divisées dans l’in-folio n’ont aucune division dans les exemplaires originaux. La règle établie du théâtre exige quatre intervalles dans une pièce, mais bien peu des compositions de notre auteur peuvent être convenablement distribuées de cette manière. Un acte est toute la portion de l’action d’un drame qui se passe sans intervalle de temps ou sans changement de lieu. Toute pause fait un