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Danced full oft in many a greene mead.
This was the old opinion, as I rede —
I speak of many hundred years ago,
But now can no man see no elves mo.
For now the great charity and prayers
Of limitours, and others holy freres,
That searchen every land and every stream,
As thick as motes in the sunne beam,
Blessing halls, chambers, kitchenes and boures.
Cities and burghes, castles high and towers,
This maketh that there ben no fairies.

« Au vieux temps du roi Arthur, celui dont les Bretons parlent avec grand respect, tout ce pays-ci était plein de fécrie. La reine des fées avec sa gaie compagnie dansait bien souvent dans plus d’une prairie verte. C’était là l’ancienne croyance, d’après ce que je lis… Il y a bien des siècles de cela. Mais maintenant on ne voit plus de sylphes. Car la grande piété et les prières des moines mendiants et autres saints frères qui, aussi nombreux que les atomes dans un rayon de soleil, fouillent toutes les terres et tous les cours d’eau, bénissant les salles, les chambres, les cuisines, les chaumières, les cités, les bourgs, les grands châteaux et les tours, — font qu’il n’y a plus de fées. »

Ainsi méconnues par des peuples ingrats, les fées s’étaient réfugiées au plus profond de l’éther. Mais telle était leur indulgence pour la race humaine que, dans les dangers pressants, elles redescendaient bien vite sur la terre pour prêter leur secours souverain aux générations qui les invoquaient. C’est ainsi qu’en plein moyen âge la fée Mélusine avait accepté l’hommage de Guy de Lusignan et, en daignant épouser le comte, lui avait apporté en dot la victoire. C’est ainsi qu’au quinzième siècle, à une époque plus critique, au moment où notre sol natal était envahi par l’étranger, au moment où le clergé catholique sacrait un Anglais roi de France, les antiques fées drui-