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irrité. Un Graham fut tué pendant une bataille par un coup d’épée reçu à travers un des carreaux verts de son plaid ! Un autre Graham, vieux chasseur, lit une chute mortelle, un jour qu’il avait raccommodé son fouet avec un cordon vert !

Le sylphe gardait donc religieusement son costume. Il ne changeait de forme que pour changer d’élément. Alors il se faisait farfadet pour s’élancer dans le feu et jouer avec sa cousine, la salamandre païenne ; il se faisait ondin pour pénétrer dans l’eau et surprendre sa tante, la naïade antique. Ses jeux, à lui, ce n’était pas d’égarer les voyageurs, ni de tendre des piéges aux hommes, c’était, comme nous le dit Prospéro, de suivre de son pas sans empreinte les ondulations de la marée, c’était de tracer sur le gazon ces cercles âcres où la brebis ne mord pas, c’était d’écouter le solennel couvre-feu, c’était d’ouvrir à minuit les champignons et de se mettre sous ces parasols à l’ombre de la lune. Les sylphes étant aussi nombreux que les atomes, il fallut maintenir l’ordre dans cette foule immense ; et cette nécessité, paraît-il, avait amené la formation d’un gouvernement. Selon les livres cabalistiques du seizième siècle, ils étaient divisés en trois légions, commandées par trois capitaines : Damalech, Taynor et Sayanon, lesquels obéissaient eux-mêmes à un prince. Ce prince était l’esprit de la terre. Il était vassal du roi des fées et s’appelait Ariel.

Le gnome n’aimait qu’un homme.

Le lutin aimait une famille.

Le sylphe aimait la nature.

La fée aimait l’humanité.

D’après le dogme celtique, les créatures tutélaires qui, dans leur passage sur cette terre, avaient dirigé par leurs conseils et gouverné par leurs oracles les assemblées gauloises, ne cessaient pas, une fois mortes, de protéger