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pas très-bonnes ; car le roi erra pendant cinq ans sans pouvoir atteindre son but. Cependant, un jour, en chevauchant vers l’Est, il aperçut à l’horizon quelque chose qui ressemblait à une montagne. Aussitôt il piqua des deux et galopa en avant de ses compagnons. À mesure qu’il approchait, les linéaments de la montagne prirent sous ses yeux une forme architecturale. Les pics les plus saillants devinrent des tours ; les crêtes devinrent des créneaux ; les crevasses devinrent des fenêtres ; la caverne principale devint un porche grandiose. Quand Svegder arriva, la montagne était un château. Plus de doute, le roi avait enfin trouvé le palais d’Odin. Il donne du cor pour annoncer sa venue. Un nain paraît au seuil de la grande entrée. — Est-ce ici la demeure du dieu Odin ? demande Svegder. — C’est ici, seigneur. Qui annoncerai-je ? — Son petit-fils, le roi de Suède. — Et le nain introduisit le roi. — Cependant les douze chevaliers, qui escortaient Svegder et qui le suivaient de loin, commençaient à s’inquiéter de ne plus le voir. Ils pressent leurs chevaux dans la direction qu’il a prise, et arrivent, haletants, à l’endroit même où leur roi venait de s’arrêter. Ils étaient au pied d’un rocher colossal. Les chevaliers appelèrent leur maître, ils le cherchèrent partout ; mais ce fut en vain ; et quand, de désespoir, ils repartirent, ils entendirent derrière eux l’énorme éclat de rire du gnome qui venait d’enterrer le roi dans sa montagne.

Le gnome n’aimait qu’un homme ; le lutin n’aimait qu’une famille. Il était pour cette famille une sorte de dieu Lare. D’après la description minutieuse qu’a donnée de lui un savant écossais, M. Cromek, le lutin était tout petit ; il avait les cheveux bouclés, et portait un manteau brun, orné d’un capuchon de même couleur, qui lui descendait jusqu’au genou. Il gardait le même manteau toute sa vie, et, comme il vivait plusieurs