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entre tous ces êtres la hiérarchie établie par la diversité de leurs natures. Plus un pays était lumineux, plus l’esprit qui y paraissait d’ordinaire était pur. Le gnome, esprit hibou, choisissait de préférence le séjour des régions polaires : il s’acclimatait en Suède, en Norwége, en Islande, en Laponie et dans l’Allemagne du nord. Le lutin, moins ennemi du grand jour, se rapprochait un peu du midi et semblait avoir adopté l’Écosse. Le sylphe, plus méridional encore, affectionnait l’Irlande et l’Angleterre centrale. Enfin, la fée, amie des régions plus éclairées, choisissait d’ordinaire pour lieu de ses apparitions le sud de la Grande-Bretagne et la France, et envahissait parfois l’ardente patrie du Tasse et du Boiardo.

Historiquement, le gnome était scandinave d’origine ; le lutin était écossais ; le sylphe était anglais ; la fée était celte.

Célébré par les poëmes de l’Edda et par certaines ballades germaniques sous le nom de Kobold, le gnome hantait l’intérieur des montagnes et se fourrait dans les mines. Très-exclusif dans ses affections, il exigeait une amitié absolue du mineur qu’il daignait protéger. Si celui-ci était fidèle, il lui indiquait les plus riches filons, mais il punissait la moindre trahison avec une impitoyable rigueur. Voulant être uniquement aimé, le gnome aimait uniquement. Son favori excepté, il avait pour tout le genre humain la haine sauvage de Caliban. Je n’en veux pour preuve que la mort de Svegder, quatrième roi de Norwége, racontée par le barde Théodolf. Svegder avait juré de faire un pèlerinage à la cour de son ancêtre Odin. Afin d’accomplir ce vœu, il prit pour escorte les douze plus braves chevaliers de son royaume, et se dirigea avec eux vers les déserts de la Grande-Scythie, dans la direction que lui indiquaient les cartes routières d’alors. Il faut croire que ces cartes n’étaient